Employé endormi sur son bureau devant des écrans d’ordinateur

Quand trop “travailler sur soi” finit par rendre malade

Contrairement à une idée largement répandue, ce ne sont pas les personnes dites « fragiles » qui s’effondrent le plus souvent. Ce sont celles qui tiennent. Celles qui s’adaptent, s’ajustent, encaissent. Et qui, en plus, se surveillent en permanence pour aller mieux. La souffrance psychique contemporaine ne naît pas d’un défaut interne. Elle naît souvent d’un excès de compétences adaptatives, mobilisées dans des systèmes qui les exploitent sans jamais les réguler.

Ceux qui vont mal sont souvent ceux qui « font tout bien »

Le burn-out, l’anxiété chronique ou les états dépressifs diffus touchent fréquemment des personnes :

  • fiables
  • consciencieuses
  • loyales
  • capables d’encaisser sans se plaindre !

Elles savent s’adapter aux exigences professionnelles, aux attentes familiales, aux normes sociales implicites... Dans une lecture interactionnelle, le symptôme n’apparaît pas par fragilité psychique, mais lorsque l’adaptation devient unilatérale, non réciproque. Ces patients ne « craquent » pas par manque de ressources, mais par excès de responsabilité : pour maintenir l’équilibre du système, éviter le conflit, ou encore ne pas décevoir.. Peu à peu, toutes les autres variables d’ajustement disparaissent. Il ne reste plus qu’une chose qui puisse encore bouger : le corps, l’humeur, l’énergie. Ainsi, la fatigue, l’anxiété ou l’effondrement ne sont pas une défaillance. Ils deviennent une tentative de régulation, quand tout le reste a échoué...

En quelques sortes, nous sommes enfermés dans un système qui prend sans jamais rendre !

Quand le « travail sur soi » devient un Surmoi totalitaire

À cette sur-adaptation s’ajoute aujourd’hui une autre exigence : celle de se transformer soi-même en permanence. La psychologisation massive du quotidien et la culture du développement personnel produisent (entre autres.. !) une auto-surveillance émotionnelle constante, l’idée que tout malaise est un problème interne à corriger, une responsabilité psychique totale de son état. Paradoxe clinique : plus on se surveille pour aller bien, moins on respire. Aller mieux devient une obligation morale. Et dans ce contexte, ne pas aller bien n’est plus seulement douloureux. C’est vécu comme un échec personnel. Nous nous retrouvons progressivement pris dans une double contrainte : continuer à s’adapter, et changer intérieurement pour que cette adaptation ne coûte plus. Les effets sont bien connus : culpabilité de souffrir, fatigue de « ne pas y arriver », chronicisation des symptômes...On ne souffre plus seulement. On souffre de souffrir. Une forme de souffrance au carré.

Comment la thérapie brève change la perspective

Dans une approche stratégique et interactionnelle, on ne renforce pas le contrôle de soi, on ne demande pas au patient de nécessairement mieux analyser ses émotions, on ne transforme pas le changement intérieur en nouvelle norme. Le regard se déplace vers :

  • ce que l’adaptation excessive maintient,
  • ce que le symptôme empêche ou autorise enfin,
  • les micro-changements relationnels susceptibles de soulager le système.

Par conséquent, il ne s’agit pas de changer plus. Il s’agit souvent de changer moins, et autrement. Cesser de psychologiser ce qui est systémique. D'après la thérapie brève, tout ce qui fait souffrir psychiquement n’est pas un problème psychologique. Beaucoup de burn-out, d’anxiétés et de dépressions sont des réponses cohérentes à des contextes incohérents, des signaux d’arrêt dans des systèmes qui n’envoient jamais de limite.

Conclusion

Et si aller mieux ne consistait pas à mieux se contrôler, mais à cesser d’être celui qui s’adapte toujours ? La fragilité n’est pas le problème. L’excès d’ajustement, si. En somme, apprendre à ne plus se prendre la tête.