Colline verte et montagnes sous des nuages gris dans une atmosphère calme et brumeuse

Zoom sur les "aggravations d'apparence" : pourquoi certains patients vont moins bien avant d’aller mieux ?

En psychothérapie, un phénomène surprend souvent les patients (et parfois les jeunes thérapeutes) : juste après une amélioration, certains symptômes s’intensifient. Le patient allait mieux. Les angoisses diminuaient. Les ruminations perdaient du terrain. Puis, soudainement, retour des crises, augmentation des conflits, fatigue psychique, comportements d’évitement ou même apparition de nouveaux symptômes ! Beaucoup interprètent cela comme un échec thérapeutique. C’est souvent l’inverse.

Le symptôme ne disparaît jamais "dans le vide"

Un symptôme psychologique n’est pas seulement une souffrance individuelle. Il joue fréquemment un rôle dans un équilibre plus large : familial, conjugal, professionnel ou identitaire.

Lorsque le symptôme commence à diminuer, tout le système autour de la personne est obligé de se réorganiser.

Et cette réorganisation peut être déstabilisante.

Par exemple :

  • une personne anxieuse commence à devenir autonome ;
  • un partenaire devient moins dépendant affectivement ;
  • un adolescent déprimé reprend progressivement sa place ;
  • un parent cesse de surprotéger. etc
  • Le problème est que ces changements modifient aussi les relations autour du patient.

Parfois, l’environnement soutient ce changement. Parfois, il le freine inconsciemment.

L’amélioration peut créer une menace invisible

L’anxiété maintient la proximité. La dépression organise les attentions. Les conflits empêchent certaines séparations. L’échec protège d’attentes trop élevées.

Quand le symptôme recule, une autre peur apparaît :

  • peur de perdre une place ;
  • peur de décevoir ;
  • peur d’être autonome ;
  • peur de grandir ;
  • peur de modifier les liens existants. etc

Le paradoxe est alors le suivant : le patient veut aller mieux, mais une partie du système relationnel résiste au changement.

Le cerveau préfère parfois un problème connu à une inconnue psychique

Même lorsqu’une situation fait souffrir, elle peut rester psychiquement prévisible. Or, le changement crée une incertitude. Certaines personnes ressentent une étrange insécurité lorsqu’elles commencent enfin à aller mieux. Il est donc fréquent d'entendre en séance : "je ne me reconnais plus", "j’ai l’impression de perdre quelque chose.", "c’est bizarre d’être calme"...

Le symptôme faisait parfois partie de l’identité psychologique de la personne depuis des années. De fait, son recul peut provoquer une sensation de vide, de désorientation ou d’instabilité.

Ce que cela change en psychothérapie

L’objectif thérapeutique n’est pas seulement de faire disparaître un symptôme, mais aussi d’aider la personne à tolérer les conséquences du changement : une nouvelle place relationnelle, davantage d’autonomie, moins de dépendance, une identité différente ou encore des relations réorganisées. Autrement dit, aller mieux demande parfois une adaptation psychique aussi importante que le symptôme lui-même, et certaines déstabilisations temporaires peuvent paradoxalement être le signe qu’un changement profond est en train de se produire.. !