Un homme se tient immobile à un carrefour où deux chemins herbeux se séparent

Auto-sabotage : pourquoi aller mieux peut (vraiment) faire peur

On parle souvent d’auto-sabotage quand on répète des comportements qui nous desservent. Mais il existe une forme plus subtile (et souvent incomprise) d’auto-sabotage : celle qui apparaît… quand les choses commencent enfin à aller mieux. Oui, même dans l’amélioration, il peut y avoir une petite résistance intérieure. Une sorte de : "Attends, c’est censé être positif, mais pourquoi j’ai envie de freiner ?" Indice : Vous n’êtes pas incohérent. Vous êtes humain !

Le cerveau préfère le connu… même imparfait

Votre cerveau a un objectif simple : éviter l’incertitude. Le problème, c’est qu’il préfère parfois une situation inconfortable mais prévisible à une situation meilleure mais nouvelle. C’est un mécanisme bien connu qu'on aborde régulièrement dans les thérapies cognitivo-comportementales et dans le travail sur les troubles anxieux. Vous savez, l'auto-sabotage, c'est un peu comme rester dans un film moyen qu’on connaît déjà, plutôt que d’en lancer un excellent mais dont on ne connaît pas la fin. Donc quand vous allez mieux, une partie de vous peut s’activer : « On n’a jamais fait ça avant. On est sûrs que c’est une bonne idée ? »

Tout changement, même positif, demande un temps d’ajustement qui peut générer de un inconfort suffisant pour créer une résistance.

Aller mieux, c’est modifier son identité

Quand on traverse une période de souffrance psychologique, on construit souvent une image de soi autour de cette difficulté : « Je suis anxieux », « Je manque de confiance », « Je ne suis pas à la hauteur »... Puis, progressivement, cela évolue, souvent grâce à un un accompagnement adapté. Et là, une question inconfortable émerge : « Si je ne suis plus cette personne… qui suis-je ? ». Ce moment est rarement anticipé. Pourtant, il est central : aller mieux, ce n’est pas seulement perdre un symptôme, c’est aussi redéfinir son identité et son estime de soi.

Les bénéfices cachés dont on ne parle pas

Même si cela peut sembler contre-intuitif, certaines difficultés remplissent une fonction.

  • Elles protègent de l’échec ou du regard des autres.
  • Elles évitent de prendre des décisions engageantes.
  • Elles maintiennent certains équilibres relationnels, notamment dans le couple..

Dans ce cadre, l’auto-sabotage n’est pas un hasard. Il s’inscrit dans une logique de protection. C'est un mécanisme très élégant, élaboré, précisément activer pour maintenir les conditions de la paralysie, et ainsi préserver son identité.

Aller mieux, ce n’est pas juste se sentir mieux. C’est aussi avoir plus de choix, prendre plus de décisions, s’exposer davantage. Et cela peut être légèrement vertigineux. Parce que ne plus aller mal, c’est aussi ne plus pouvoir se cacher derrière ce mal-être. C'est très exposant et cela peut générer du stress supplémentaire. C’est entrer pleinement dans l’action.. c'est prendre le risque de perdre ce qu'on a gagné.

En conclusion

Si vous avez l’impression de freiner au moment même où vous commencez à aller mieux, cela ne signifie pas que vous échouez. Cela signifie que vous êtes en train de changer d’équilibre, que votre corps appuie sur la pédale d'accélérateur et votre cerveau sur la pédale de frein. L’auto-sabotage, dans ce contexte, n’est pas un obstacle définitif. C’est souvent la dernière résistance avant un vrai déplacement.

Robin Cantalupi - Psychologue, Psychothérapeute et Neuropsychologue