Maladies neurodégénératives : pourquoi les troubles de la mémoire chez l'adulte ne sont pas toujours pathologiques
Ces dernières décennies, on entend de plus en plus parler de maladies neuroévolutives comme la maladie d'Alzheimer, Parkinson ou encore la démence fronto-temporale. Les médias, les réseaux sociaux et les campagnes de sensibilisation soulignent une "augmentation" des cas, et ils ont raison : la prévalence de ces maladie tend à augmenter. Pourtant, cette observation mérite d’être un peu nuancée.
En pratique clinique, beaucoup de patients consultent un neuropsychologue car ils s'interrogent sur leur mémoire, avec en toile de fond la crainte de développer une maladie. Plusieurs facteurs expliquent cela :
- Allongement de l’espérance de vie : plus nous vivons longtemps, plus le risque statistique de développer une pathologie neurodégénérative augmente.
- Meilleure détection médicale : les examens neurologiques et le bilan neuropsychologique permettent aujourd’hui d’identifier précocement des troubles autrefois invisibles.
- Sensibilisation médiatique accrue : la médiatisation rend ces maladies plus présentes dans les esprits, même lorsque leur progression réelle reste stable.
Les difficultés de mémoire chez l’adulte ne traduisent pas systématiquement une pathologie. Les fonctions cognitives se situent à l’intersection des dimensions psychologiques, émotionnelles et comportementales, ce qui les rend particulièrement sensibles aux variations et aux déséquilibres du quotidien.
Quand les troubles de mémoire ne sont pas une maladie
Je me souviens de Mme D., 68 ans, venue en consultation parce qu’elle disait souffrir de troubles de la mémoire : elle se plaignait notamment de difficultés à se remémorer certains prénoms (ils finissaient tout de même par revenir), des difficultés à se concentrer durablement, de ne plus savoir ce qu'elle était venu chercher dans une pièce... Mme D. et sa famille redoutaient une maladie d’Alzheimer. Après évaluation, le bilan fut normal. Ses difficultés étaient liées à un stress chronique et à un manque de sommeil, et non à une pathologie neuroévolutive. Cet exemple illustre un point essentiel : tous les troubles cognitifs ne traduisent pas une maladie. Le stress, la fatigue, la dépression, les troubles anxieux ou encore les changements de rythme de vie peuvent fortement impacter l’attention et la mémoire.
La neuropsychologie ne se limite pas à poser un diagnostic. Elle constitue un véritable outil d’accompagnement thérapeutique et de prévention.
La neuropsychologie est une discipline qui contient de véritables outils d’accompagnement thérapeutique et de prévention. Elle évalue précisément les fonctions cognitives : mémoire, attention, langage, raisonnement et fonctions exécutives, vise à détecter les signes précoces d’un déclin cognitif réel et de différencier le vieillissement normal d’un trouble pathologique, mais aussi mettre en place des stratégies de compensation adaptées au quotidien ou encore accompagner les proches face aux changements comportementaux. Un bilan neuropsychologique apporte ainsi une cartographie précise des forces et des fragilités cognitives.
